Hélène Angeletti

Crocheter l'inconscient

« Je crochète des objets pour établir une relation sensuelle à la forme dans ses plis et ses courbes, son organicité, une relation de durée à laquelle correspond tel volume, tel poids de corde. »

Il lui a fallu la patience de Pénélope doublée de l'ingéniosité d'Ariane pour tisser, nœud par nœud, au fil du temps une œuvre polymorphe aboutissant à ces sculptures monochromes en fil de polypropylène, ou plus simplement de raphia crocheté, évoquant des stupas birmans, ou des organismes hybrides tout droit issus de l'imaginaire de Burroughs.

Originaire de Corse, Hélène Angeletti part vivre à Paris à l'âge de 17 ans. Elle passe la majeure partie de son temps à Beaubourg où elle découvre les travaux d'Yves Klein, de Tony Cragg en faisant quelques détours par la culture asiatique. Bien qu'ayant toujours dessiné, bricolé, elle s'inscrit en histoire de l'art, s'intéresse de très près au mouvement support-surface par une recherche sur l’œuvre de François Rouan. On comprend mieux en quoi ces tressages de bandes imprégnées de couleurs l'influenceront, ainsi que cette notion de rythme et de répétitivité d'éléments identiques que l'on retrouve dans l’œuvre de Viallat ou Buren.

Le maillage qu'elle opère constitue cette référence à l' « interstice » entre « vide et « plein, interzone expliquée en partie par ses origines insulaires. Cet « entre-deux » nous éclaire sur ces rapprochements inconscients à l'univers marin de son enfance, peuplé de femmes qui tricotent et d'hommes qui réparent les filets pour la pêche du lendemain, rythmé au fil d'un temps signifié par « le volume et le poids de fil ». Une sculpture de moyen format représente plusieurs dizaines d'heures de crochetage!

Après un passage par la peinture sur tôle, puis sur plastique (les influences de Tony Cragg s'affirment), elle décide de tricoter des lanières de bâche découpées. Ainsi naît en 1995 son premier stupa blanc monochrome de 2,60m. Hélène Angeletti ne les nomme pas, elles ont le nom que les autres leur donnent : « La belle rouge », « La petite noire », « La grande jaune », « La bleue foncée », une fois réalisées, elles deviennent presque étrangères... Elle les tricote en voiture, dans le métro, partout où elle peut se mettre à l'ouvrage. Le temps et la distance deviennent des « entremetteurs », la forme se génère par elle même, comme « une lente progression en spirale avec une tournure qui se crée au fur et à mesure ». Cette démarche qui ne pose pas d'intention de départ s'apparente aux « holzweig » dont parle Heidegger, ces chemins qui ne mènent nulle par mais que son inconscient sculpte inexorablement. L’œuvre d'Hélène Angeletti s'inscrit dans la continuité de la performance et de l'art corporel, elle fut d'ailleurs l'élève de Michel Journiac.

Texte de Sophie Amiot pour le numéro 2 du journal la Friture de mai 2006.

Vernissage à Saint-Cyprien

Isa Saule et Adolfo Vargas, de la compagnie Manifeste, m'ont fait un "cadeau-performance" le soir du vernissage à l'Espace Saint Cyprien.

"Hélène Angeletti" - février 2010, documentaire

Film produit par l'Atelier Multimédia Bellegarde / Service de l'Animation Socioculturelle à l'occasion d'Entrelacs, installation des travaux de Hélène Angeletti à l'Espace Saint-Cyprien, en février 2010.

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